04.09.2008

Sentence

Alors que j'étais nue, sous un long drap blanc, mon corps s'enfonçant dans le tube technologique, j'ai pensé, peut-être est-ce comme ça la mort ? L'impression d'irréalité. Pour passer le temps pendant que toute l'attention du monde était concentrée sur les trois ou quatre taches coupables et assassines, j'enfonçais mes ongles dans mes paumes. Je regardais les marques. Blanches, rouges et humides. La salle aseptisée m'étouffait. Je suis sortie dans le couloir, silhouette élargie par le linceul, je me suis promenée, je transpirais, ma peau collait. J'attendais le verdict.

Les pensées s'entrechoquaient. J'aurais eu envie de plonger dans une fontaine, de hurler comme un saxophone, de gratter comme une démente. Les yeux fous, la rage aux lèvres. Mais je suis simplement rentrée aux assises, j'ai plaidé non-coupable. Invoqué les démons, les violeurs, les assassins, les marchands d'âme. Rien n'y a fait. Les mots sont tombés, le couperet, la lame. Une flèche a transpercé le jeune fil.

Bêtement, j'ai souris, un peu de salive a coulé. Le déclin commençait.

 

 

Table rasée

 

Deux jours, je le sais. Je le sais, la clepsydre de mes rides va s'inverser. Nos phalanges entrelacs, regardant un ultime rayon vert, ne s'empoussièreront pas ensemble. Une ronce ne reliera pas nos deux tombes, mais une épine poussera dans la terre friable de la mienne. Je rase la table de mes souvenirs. La vieille table de marbre fissurée. J'ai jeté les cahiers noircis d'un scénario qui n'est plus, j'ai supprimé, méthodiquement, les musiques de révolte. Je veux lui laisser un vide propre. Des murs à repeindre. Je veux lui laisser un sourire, un regard, même éthéré. Je veux partir avec panache, et diriger ma mort, car je n'ai pas réussi à guider ma vie.

J'ai rasé les vieux tickets d'entrée de parcs à rêves ignifugés, déchiré les souvenirs de salle sombre, vidé dans le container les vieilles boîtes de boutons, de vieux bonbons que j'économisais. J'ai décroché les tableaux, et effleuré la marque claire.

J'ai fendu le piano, vidé ses entrailles, mangé son coeur.

 

 

02.08.2008

Débuts I : Isoldh

(...)On me trouve aux heures sombres de la journée, lorsque les familles rentrent chez elles, dans des parcs abandonnés aux mauvaises herbes, jouant à les fumer, et à chercher l'inspiration lors de brefs éclairs intemporels, ou dans des bars miteux, réputés glauques, afin d'y jouer au poète maudit.
Divergences de caractère en été ou en hiver. Lors de la saison appelée froide, on me décrirait comme une sorte de corbeau, noir et sobre, humeur vide. Lorsque le soleil revient, une sorte de dérangée, selon les critères des gens, afin de célébrer ce putain d'astre. Adepte du yoga, de la vodka, des acides et du chocolat, je me fous des autres, et les autres se foutent de moi.(...)

01.08.2008

Débuts : Isoldh

(...)Elle arrive quand même à planifier une sorte d'avenir, peu sûr, mais avenir quand même. Ses grands rêves seraient de pouvoir tourner le film qu'elle porte en elle, film de souvenirs, d'instants-fulgur, et d'odeur d'automne. Ou bien, plus réaliste, mais tout autant voué à l'échec, avoir une sorte de vieux magasin-foutoir, où l'on trouverait du café gratuit mais bon, des bières et des russes blancs, de vieilles bédés d'occasion et de qualité, tirées de maisons d'édition indépendantes. (Isoldh rechigne à aimer les nouveaux genre de bédés "héroic-fantasy" car elles se ressemblent toutes, et plutôt en médiocrité.) On y trouverait aussi une vieille presse, destinée aux auteurs sans le sous désireux de voir leur ouvrage sur papier, de la peinture acrylique et à l'huile, afin d'en faire profiter les murs de crépis blancs. les autres murs seraient couverts d'affiches de musées et d'expo. Il y aurait aussi une petit coin cuisine, pour improviser des repas spaghetti. Isoldh aime cuisiner et aime en faire profiter les autres. Bien sûr, Isoldh n'aurait pas un sou, cela va de soi, (elle refuse d'être une de ces pseudo-artistes bourrés d'oseille qui jouent aux agitateurs) elle dormirait donc sur un petit matelas, derrière un paravent, dans son magasin-foutoir-hangar. Pour l'emplacement, elle verrait bien une petite rue marchande et inconnue des touristes dans une des villes qu'elle affectionne, en confédération d'Hélvétie, ou alors, un moyen hangar, dans une friche industrielle. Elle a appris à les repérer et à les aimer, ces friches, lorsqu'elle suivait encore les cours de géo du lycée. Isoldh aime la bédé, la peinture et la poèsie. D'ailleurs, elle ne veut pas être classée poète. Elle est curieuse de l'art à plein temps. Et pour elle, pas besoin de le crier sur les toits, car ceux qui s'en vantent sont, souvent, de petits pisseurs.(...)