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27.09.2008

Salve

 

La vieille langue me ramène

Aux rivages de ma force

Par-delà le verre une branche

Caresse mon front.

 

18.09.2008

Lettre

Je voudrais vous dire que

Que tout allait bien, je sors du théâtre à l'instant

J'ai aimé la passion

Selon St-Jean, superbe musique de Bach

De cette fin d'après-midi

Dans le jardin où Jesus se tenait

On sent toute la fin qui approche et la déchéance

Car à l'époque

Il y avait de l'amour et des jeux

De pouvoir

Mais aussi de la perversion

Je pense à Ponce Pilate par exemple.

Je vous attends

Afin de partager nos points de vue respectifs

Sur une chaise nue ;

La paille en est partie.

07.09.2008

Fonds

L’insolence et la mine
Sur le dos, son fardeau pèse
Le lichen plie sous un tonneau
Jolies les plantes s’abaissent.

04.09.2008

Sentence

Alors que j'étais nue, sous un long drap blanc, mon corps s'enfonçant dans le tube technologique, j'ai pensé, peut-être est-ce comme ça la mort ? L'impression d'irréalité. Pour passer le temps pendant que toute l'attention du monde était concentrée sur les trois ou quatre taches coupables et assassines, j'enfonçais mes ongles dans mes paumes. Je regardais les marques. Blanches, rouges et humides. La salle aseptisée m'étouffait. Je suis sortie dans le couloir, silhouette élargie par le linceul, je me suis promenée, je transpirais, ma peau collait. J'attendais le verdict.

Les pensées s'entrechoquaient. J'aurais eu envie de plonger dans une fontaine, de hurler comme un saxophone, de gratter comme une démente. Les yeux fous, la rage aux lèvres. Mais je suis simplement rentrée aux assises, j'ai plaidé non-coupable. Invoqué les démons, les violeurs, les assassins, les marchands d'âme. Rien n'y a fait. Les mots sont tombés, le couperet, la lame. Une flèche a transpercé le jeune fil.

Bêtement, j'ai souris, un peu de salive a coulé. Le déclin commençait.

 

 

Table rasée

 

Deux jours, je le sais. Je le sais, la clepsydre de mes rides va s'inverser. Nos phalanges entrelacs, regardant un ultime rayon vert, ne s'empoussièreront pas ensemble. Une ronce ne reliera pas nos deux tombes, mais une épine poussera dans la terre friable de la mienne. Je rase la table de mes souvenirs. La vieille table de marbre fissurée. J'ai jeté les cahiers noircis d'un scénario qui n'est plus, j'ai supprimé, méthodiquement, les musiques de révolte. Je veux lui laisser un vide propre. Des murs à repeindre. Je veux lui laisser un sourire, un regard, même éthéré. Je veux partir avec panache, et diriger ma mort, car je n'ai pas réussi à guider ma vie.

J'ai rasé les vieux tickets d'entrée de parcs à rêves ignifugés, déchiré les souvenirs de salle sombre, vidé dans le container les vieilles boîtes de boutons, de vieux bonbons que j'économisais. J'ai décroché les tableaux, et effleuré la marque claire.

J'ai fendu le piano, vidé ses entrailles, mangé son coeur.

 

 

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